Transcription de l’émission diffusée en direct un premier novembre sur Lost-Angeless
radio.
La journaliste
Auditrices, mes soeurs, auditeurs... oui! vous vous en doutiez bien: la salle
du Bar de l’Eléphant Rose, où devait initialement se dérouler cette conférence de presse, s’est avérée ridicule, dérisoirement minuscule pour accueillir une foule en délire! C’est donc de
l’Université de Lost-Angeless que Chickago Riffer, l’Aventurier natif et gloire déjà immortelle de notre trépidante cité va se livrer, lui le pudique, au jeu du feu roulant de mes
questions!
Vous n’avez point l’image, alors plantons par le verbe le décor: dans une salle plus pleine qu‘une pouliche fécondée
par un robuste étalon, où sur les gradins s’amoncelle la foule, flotte une odeur composite de bière brune et de pieds de phacochères grillés. Deux charmantes personnes du beau sexe, (Une certaine
ressemblance entre elles laisse deviner des liens mère fille), vendent pour quelques liards des pintes de cette roborative boisson, et des portions de cette succulente friandise cochonnesque à
l’assistance frisant l’hystérie.
Sur les gradins s’agglutinent les gredins, les dockers, les marins, mais aussi l’élite de notre bonne ville.
Un vieillard barbichu brandit une pancarte vantant les mérites des pompes funèbres Lafontaine!
La musique de “Over The Rainbow” est diffusée par des haut-parleurs dont la haute fidélité en remontrerait à
Pénélope!
Je suis debout sur l’estrade où doit paraître l’Aventurier, pataugeant sur un plancher jonché de culottes
féminines, soutien-gorge de tailles et textures diverses, tampons périodiques.
L’Aventurier va paraître... il paraît, mes soeurs, il paraît!!!
Le voici sur l’estrade. Applaudissements. On le reconnaît à ses yeux délavés, à son air à la fois jovial et las, à
son trench-coat propre mais usagé. Il porte sur le dos un sac de marin!
L’Aventurier
Bonsoir!
La journaliste
Son organe n’est pas sans rappeler celui de l’immense crooner Dean Martin, même tessiture mêlant mâle fermeté
et douceur câline.
L’Aventurier s’assoit à une table devant un verre que seuls les naïfs pourraient croire empli d’aqua-simplex, notre
héros fait fi de l’H deux O.
Il absorbe une gorgée de cette boisson d’hommes.
Je me permettrai de lui poser une première question, une fois apaisés les inextinguibles
applaudissements. (Trois minutes de claquements de mains)
Chikago, expliquez-nous : comment parvîntes-vous à comprendre la vraie nature de Gnok-Gnik? Oui, vous pouvez allumer votre
cigarillo, la municipalité a fait ôter pour vous la pancarte “Défense de fumer”!
L’Aventurier
Je remercie mes amis ici présents : ce sont eux qui m’ont permis de résoudre l’énigme.
La journaliste
Chickago vient de désigner, au premier rang, un mignon petit bossu. A son côté, un géant au teint cramoisi, au nez
rougeoyant et de fort calibre. Nous remarquons aussi les sosies de Laurel et Hardy. Juste derrière eux, de robustes dockers et mariniers dont nous devinons les admirables membres frémissants fort
actifs pour le transport de marchandise.
L’Aventurier
Dès le début de cette terrifiante affaire, je fus hanté dans mon subconscient par l’air de “Over the Rainbow”.
Superbe chanson composée pour le film “Le Magicien D’Oz”, film dans lequel le terrifiant magicien se révèle n’être qu’un imposteur. Un forain facétieux crée, par des lanternes magiques, des
appareils grossissants, un monstre terrifiant qui ne prend vie que par effets d’optique et enregistrement sonore... car une tarentule comme un géant des Flandres, ça n’existe pas, quoi qu’ait
insinué un excellent poète! (gloussements de quelques lettrés)
Hélas!... Gnok-Gnik n’est pas un forain débonnaire, mais un implacable tueur...
La journaliste
Notre héros sort de son sac de marin un autre tout petit sac, tyrolien: le sac à maléfices de l’infernal Gnok-Gnik.
Il en extrait un appareillage complexe et miniature.
L’Aventurier
Voici une mini-lanterne magique. Le dessin d’une microscopique araignée, imprimée sur des plaques de verre, devient
par le biais d’une forte loupe, la Tarentule des Ténèbres!
La journaliste
La légende qui déjà se forme chuchote que l’ombre gigantesque des nains que vous reçûtes en cadeau vous
fit découvrir la vérité.
L’Aventurier
Voyez vous-même!
La journaliste
Le Justicier sort de son sac un des sept nains offerts, ce doit être Prof, le place devant la lanterne qu’il allume
...Mon Dieu, quel monstre lubrique vient d’apparaître... Ne serait-il pas ithyphallique? Chickounet, cessez ce jeu polisson, les dames s’évanouissent!
L’Aventurier
La vision de mes amis Tibosco et Gontran Labouriche, placés côte à côte, et qui semblaient la représentation du
même personnage, mais de taille différente, m’a aussi aidé à résoudre l’effroyable énigme!
La journaliste
Tibosco, Labouriche, levez-vous! ils se lèvent, applaudissez! la petite vendeuse de pieds de porcs jette un regard
enamouré au petit bossu. Je devine, mes soeurs, un amour naissant...
L’Aventurier:
Et la banane de rocker de Tibosco m’a fait penser à... un singe!(rires)
Et un singe hantait mes songes: souvenez-vous des accords infernaux joués dans la Cathédrale: uniquement en accord de tierce et à quatre mains: ils ne pouvaient être joués que par un être
possédant quatre petites mains. Donc un minuscule quadrumane mélomane.
( applaudissements hystériques)
La journaliste
Mesdames, mes soeurs, cessez de jeter vos sous-vêtements sur l’estrade, l’envie m’en démange et je
m’abstiens!
...L'Aventurier sort à présent de son sac un lilliputien magnétophone qu’il enclenche... l’effroyable cri retentit
dans la salle: Gnok- Gnik!!! remember Kai kai!!! la foule hurle d’épouvante!!! rassure-nous, Chick, prends-moi dans tes bras, te souvient-t-il de cette journée vécue jadis dans ton wagon, au fond
de la gare, pardon, mes soeurs, je m’égare!
L’Aventurier
Le cri de la Tarentule n’était qu’une voix, mais laquelle ? amplifiée et enregistrée sur cet
appareil ultra perfectionné!
La journaliste
Livrez-nous votre sublime et dernière découverte!
L’Aventurier
Je la dois à mes amis Momo Moktar et Mau-Mau dit "la Malice".
Leur juvénile manie de parler en verlan m’a fait comprendre que Gnok-Gnik n’était que le verlan, l’anagramme
de KING-KONG. King-Kong, infortuné gorille géant, ombrageux mais pacifique, assassiné à New York en 1932, par les lois du marché et de la rapacité
humaine. Remember kai- kai veut dire dans la langue de l’illustrissime Conan Doyle: "Souviens-toi de K.K, souviens-toi de
King-Kong!" J’ai eu confirmation de cette vérité en observant les pennes des fléchettes assassines, rappelant les ailes des avions ayant assassiné le malheureux et
sentimental King-Kong, que le Dieu de la jungle accueille en son Paradis bananesque son âme si fleur bleue. Etonnez-vous après cela que Gnok-Gnik, ce King-Kong inversé, ait la haine des
forces de l’ordre et qu’un rentier, adorateur replet du veau d’or, périsse sous ses fléchettes vengeresses!
La journaliste
Et comment eûtes-vous l’idée de capturer ce monstre de poche?
L’Aventurier:
J'émis l’hypothèse que Gnok-Gnik ne pouvait appartenir qu’à la très rare race des capucins du Toit du Monde... cette
espèce habituée aux hautes altitudes possède une capacité pulmonaire étonnante, ce qui explique la force déployée pour décocher les traits fatals.
Lors de mes nombreux voyages, j’ai étudié les moeurs de ces quadrumanes, à la vie sociale et sexuelle fort
développée. La fiole violette que voici contient des phéromones simiesques femelles, rappelant à la fois la mère et la femme, des phéromones mâles rappelant les frères, les copains de la
jungle, le père, et caetera... le sieur Gnok- Gnik, l’odorat de ces bêtes est fort developpé, n’a pu résister à leur appel...
Voix de Gontran Labourriche
Sherlock, pédoque!
Chickago, héros!!!
La journaliste
L’Aventurier ôte un slip en crinoline qui vient de choir sur la carafe, avant de s’octroyer une rasade bien
méritée. Les forces de l’ordre maintiennent à grand peine une nonagénaire nue qui vient d’escalader l’estrade.
La foule
Le singe, le singe...
Chickago, go!
Montre-nous le bestiau!
La journaliste
L’Aventurier écrase le mégot de cigarillo. Une groupie vient le ramasser.
L’Aventurier:
Mon Dieu, pardonnez-leur... (voix très lasse soudain) Amenez le coupable.
La journaliste
La foule devient hystérique..."Le singe! le singe!" entendez vous cette haineuse clameur, mes soeurs ? Il
apparaît, oui, le commissaire Granit apparaît avec la cage de la capture, la cage de Rock Coco, le perroquet rocker.
A l’intérieur de la cage, un être apeuré et minuscule, comment croire que c’est lui qui... Il ressemble tellement à
Joli Coeur, le singe du roman "Sans-Famille"...
La foule
A mort, à mort le singe!
La journaliste
La foule se lève, grondante...Il flotte une odeur fétide de lynch.... que va-t-il se passer???
L’Aventurier
Calmez-vous: la corde n’est pas le bourreau!
La journaliste
Que veut exprimer Chickago par cette métaphore? il vient de sortir de la poche de son trench-coat une noisette qu’il
broie entre le pouce et l’index!
L’Aventurier
Celui qui attentera à la vie de ce pauvre quadrumane manipulé par un mystérieux arachnide finira en
poudre comme cette arachide.
(Bruit de noisette broyée. Silence dans les gradins...)
En vérité, Gnok-Gnik n’est qu’un instrument, un pauvre innocent manipulé par une force qui nous dépasse. Je le
répète: la corde n’est pas le bourreau, le couteau n’est pas Jack The Ripper...la pierre n’est pas le barbu lapidateur.
Qui se cache derrière Gnok-Gnik, quelle intelligence diabolique se dissimule derrière le masque hideux de la
Tarentule des Ténèbres, elle-même marionnette?
La journaliste
L’Aventurier parle d’une voix lasse, sourde, et inquiète, prédisant de futurs épouvantements.
L’Aventurier
Je m’attends aux pires choses. Epargnons Gnok- Gnik: cet innocent n’agissait que par réflexes conditionnés.
Une intelligence prodigieuse mais perverse l’avait accoutumé à tirer sur l’uniforme des policemen et la veste cramoisie des membres du Knight Kopecks klub!
Franck, ouvre la cage, s’il te plaît!
La journaliste
Le commissaire Granit vient d’ouvrir la cage. Gnok-Gnik s’est précipité vers Chickago pour se percher sur l’épaule de
l’Aventurier. Il se blottit, serrant de ses minuscules bras le cou robuste... une chevalière dorée luit à l’index gauche du quadrumane.
L’Aventurier
Je vais faire parler ce singe... par la douceur. Il a tant à nous dire. Il me faut l’apprivoiser. La conférence est
finie. Il reste de la bière et quelques pieds de cochons.
La journaliste
Applaudissements nourris de la foule. Mais la ferveur est tombée. Serait-ce la conséquence de la sombre prédiction
de l’Aventurier?
Et maintenant, nous allons rendre l’antenne, chers auditeurs, et vous les femmes, mes soeurs, en vous rappelant que
les Pompes Funèbres Lafontaine, cercueils pur chêne, sapin, acajou, vous enterrent à des prix très doux.......
(L’émission s’achève sur l’air de “Over The Rainbow", interprétation de Sarah Vaughan.)
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