Serge Granjon - Saint-Etienne sous le Second Empire - Sciences et découvertes

Publié le 3 Avril 2012

Dès ce mois-ci découvrez les  grands inventeurs, et leurs inventions ou innovations industrielles et scientifiques, de la cité stéphanoise sous le second Empire. ( 1 mardi sur deux et chaque jeudi )

 

Jean-Claude Verpilleux

Des inventions à toute vapeur

Verpilleux.jpg 

( 1798 - 1875 )

" Rompu aux travaux de l'esprit et du corps, il avait conservé à un âge avancé la verdure du printemps "

 

Sans doute la nature négligea-t-elle de lui concéder le bail de l'immortalité. Mais elle accorda à Jean-Claude Verpilleux la faveur d'être un vieux chêne arraché par le vent, car il aurait souffert de constater son déclin.

 

 

LE GENIE DE LA MECANIQUE

Ce vieillard énergique fut d'abord un enfant, à l'aurore du XIXe siècle. Il habitait à Rive-de-Gier, dans une maison emplie du babil d'autres oisillons : ses deux frères et sa soeur. parfois, en sortant de l'école, il longeait le canal qui menait à Givors les péniches gorgées de charbon. Parmi les ouvriers occupés à charger, il remarquait son père. Le malheureux s'épuisa tellement au labeur qu'il mourut avant l'heure, alors que Jean-Claude avait à peine onze ans.

 

Il savait lire, chiffrer et quelque peu écrire. Ce fut la fin d'une courte scolarité. Il le fallait pour venir en aide à sa mère. ET puisque son père s'était usé à des travaux pénibles, il s'efforcerait un jour d'asservir la matière.

Il se fit embaucher comme rouleur de bennes au puits Montjoin, près de Rive-de-Gier. Peu d'années après, son employeur, M. Fleurdelix, le désigna en tant qu'aide au montage d'une machine à vapeur, achetée en Angleterre. Jean-Claude Verpilleux le devait à son sens inné de la mécanique.

Il n'avait pas seize ans que déjà son patron le nommait mécanicien en chef. Une promotion d'autant plus enviable qu'à l'époque peu nombreux étaient les spécialistes capables de comprendre le fonctionnement d'appareils à vapeur. En 1812, on n'en comptait que cinq dans l'arrondissement de Saint-Etienne, et douze, quatre ans plus tard. Or les aptitudes du jeune homme n'avaient pas fini d'étonner : il améliora la machine qu'il avait assemblée. Sur les conseils de M.Fleurdelix, il fonda son propre atelier.

 

DES HAUTS FOURNEAUX AUX REMORQUEURS  DU RHONE  

En 1825, la Société des Forges de Terrenoire, ayant congédié le mécanicien anglais chargé des machines Watt, fit naturellement appel à Verpilleux. Travailleur acharné, il en partait pratiquement chaque soir pour se rendre à pied à Rive-de-Gier  où il avait conservé  son atelier de construction, confié à un associé.

La Compagnie des Forges le chargea d'une mission délicate. Elle possédait deux hauts fourneaux à la Voulte, dont les machines souffrantes, construites par l'anglais Still n'inspiraient plus confiance, depuis que l'ingénieur s'était tué sur le Rhône, victime d'une explosion de chaudière sur son bateau. L'administration des Mines, en ordonnant leur fonctionnement au ralenti, les rendait inefficaces, d'où l'énorme préjudice subi par la compagnie terranéenne. Verpilleux, seul des mécaniciens les ayant auscultées, estima possible leur utilisation : il s'occupa lui-même de leur remise en état.

La société de Terrenoire, produisant ainsi ses fontes à la Voulte, y acheminait son charbon sur le Rhône, qui assurait aussi jusqu'à Givors la remonte de ses produits finis. La traction s'opérait par halage, procédé à la fois long et coûteux. Verpilleux pensa qu'un remorqueur à vapeur pourrait remplacer les chevaux. Il imagina une lourde roue motrice de six mètres de diamètre garnie de grappins, sortes de dents métalliques conçues pour prendre appui sur le lit du fleuve. Afin de tenir compte des inégalités du fond, la roue coulissait dans son support. Et le retour des convois en amont put de la sorte s'effectuer.

 

DE LA LOCOMOTIVE  A LA VOITURE  ROUTIERE  

seguin.jpgLa mort de son associé à la fabrique de Rive-de-Gier obligea Verpilleux à quitter Terrenoire pour en reprendre la direction. La région tout entière vivait l'heure héroïque des premier chemins de fer. Au moment au Beaunier venait de réussir le tronçon Saint-Etienne/Andrezieux, Seguin allait-il échouer sur la ligne de Saint-Etienne à Lyon ? La question restait posée à cause de l'impossibilité de faire gravir , autrement que par des chevaux, la pente trop raide entre Rive-de-Gier et Saint-Etienne. Il aurait suffit d'augmenter la puissance des locomotives, mais par conséquent leur poids, alors que les rails ne pouvaient supporter plus de dix tonnes.

Une fois encore, Verpilleux parvint à contourner la difficulté : il fabriqua une motrice dans laquelle le tender complétait l'action de la locomotive, en recevant aussi la vapeur sur les roues. Ce système permettait de former des convois d'une quarantaine de wagons. La compagnieSéguin réalisa de substantielles économies et lui confia pendant dix ans la remonte des wagons entre Rive-de-Gier et Saint-Etienne.

La route reliant ces deux villes devait, le dimanche 16 février 1851, servir de cadre à une étonnante expérience. Une étrange machine y roulait par ses propres moyens, à la vitesse de 16km/heure. Elle atteignit Saint-Etienne, où ses trois roues, et surtout sa chaudière sur laquelle se greffait une énorme cheminée firent sensation. Dans les rues de la Badouillère, Saint-Roch, de l'Epreuve et jusqu'à la place aux Boeufs ( actuelle place Fourneyron ), une foule considérable se pressa sur son passage. Chacun admirait la virtuosité du conducteur , capable de la faire pirouetter sur place, rien qu'en se servant du frein. La voiture tirait deux cabriolets remplis de voyageurs, parmi lesquels figurait Verpilleux.

Par delà le spectacle, il envisageait l'intérêt : les houilles de Firminy seraient amenées au chemin de fer de Lyon à un prix deux fois moins élevé que celui pratiqué par les charretiers. La voiture ne connut pas le succès escompté parce qu'elle effrayait les chevaux. L'infatigable en mesura les conséquences, alors qu'il entreprenait le montage d'une voiture trois fois plus puissante, à même de tracter quatre wagons de houille.loco-crampton.jpg

Peu avant sa mort Verpilleux travaillait à la réalisation d'un nouveau bateau à rappins, propre à transporter la marchandise, au lieu de la remorquer. Sa notoriété dépassait les frontières , à tel point que l'Anglais Crampton le choisit comme témoin de ses premiers succès. Bel hommage d'un inventeur dont les locomotives à grande vitesse feraient entendre leurs sifflements sur les chemins de fer transcontinentaux.

 

 

 

 

 

Rédigé par S.granjon

Publié dans #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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