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le roman de l'Histoire Serge Granjon

Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 07:43

L'idée était des plus malencontreuses : créer un cercle, à la veille de la Révolution, pouvait bien ressembler  à un violent défi aux patriotes épris d'égalité autant que de fraternité. Les Cercles offraient une sorte de synthèse des salons où, en France, musaient les beaux esprits et des clubs d'outre-manche, où l'on ne pénétrait qu'en montrant patte blanche.

C'est un Cercle qu'osa, en 1788, l'aristocratique cité de Montbrison. Le sien prônait, comme il se doit,  des appétences littéraires. Et bien qu'il fût de courte durée, car deux ans plus tard il tirait ses tentures, il commit l'imprudence , entre toutes fatale, de refuser l'entrée au citoyen Javogues. Lorsqu'en pleine terreur, il revint en Forez, botté, empanaché de par la Convention, il dut s'en souvenir : pour avoir ignoré ses qualités de style, les membres du Cercle furent, presque tous, mis à mort.

 

LA MAISON COLCOMBET :  DES SALONS RECHERCHES

Le souvenir du premier Cercle  qu'ait  connu le Forez avait déjà fondu comme brume au- dessus des étangs de la plaine lorsque Saint-Etienne, à son tour, organisa le sien. Il se fixa en l'an 1810, en plein coeur de la ville, dans une maison sise tout prés du pont Rollin, sur l'ancienne place Royale, qui n'était pas encore du Peuple, car ce Cercle-là n'étaitpeuple-copie-1.jpg " fréquenté  que par les fonctionnaires, les négociants et les personnes fortunées " , rapporte un chroniqueur. Puis il fut déplacé rue d'Artois ( actuelle rue Général Foy ) avant de s'installer dans la maison Colcombet, face à l'hôtel de ville, qui venait d'être achevé en 1841.

Quelques années avant, le Cercle s'était donné des lettres de noblesse, en s'appuyant sur son quart de siècle d'existence : par son appellation d ' " ancien cercle du commerce ", il se protégeait mieux  des foudres de la loi sur les associations qui, en 1834, venait d'être votée. Les violentes émeutes à Lyon, saint-Etienne, qui en étaient la cause, conduisaient le pouvoir à se méfier surtout des sociétés qu'on y trouvait. Aussi le Cercle stéphanois dut-il clamer haut sa bonne moralité, en rappelant que ses membres n'avaient " d'autre intention que celle de se réunir journellement dans un local commode et convenable pour lire les journaux, causer d' affaires ou de plaisirs, entretenir entre gens honnêtes des relations amicales et se délasser enfin des travaux du cabinet et du comptoir ". Le maire lui-même apporta sa caution, en assurant que tous les membres du Cercle étaient conformes à l'esprit du gouvernement.

 Un autre Cercle demandait lui aussi, en 1834, l'autorisation de poursuivre ses activités : c'était le " Cercle des Arts et du Commerce ". IL s'était constitué  en 1821, et avait choisi pour siège un vaste appartement dans la rue Gérentet, avant de déménager, comme son homologue, pour la rue du Général-Foy, et de le rejoindre à la maison Colcombet, suffisamment spacieuse pour accueillir deux cercles. Lui aussi claironna, dans mes mêmes termes que l'autre, sa bonne conduite, et il obtint, de la même façon, le soutien du maire Peyret-Lallier.

Les autorisations furent accordées aux deux. Sans doute Louis-Philippe voulut-il donner, aux notables de la cité frondeuse, un gage de bienveillance en échange de leur vigilance. Deux ans plus tard, le préfet autorisait même la création d'un autre cercle : celui de l'" L'Union " a la condition qu'il s'abstînt de manifestations dans la rue et, dans son local, de discussions politiques, religieuses et la pratique de jeux de pur hasard.

 

UNE RONDE D HOMMES ILLUSTRES

Les Cercles organisèrent des bals, qualifiés de " splendides " par les annales du temps, les plus beaux en tout cas qu'ait connus connu Saint-Etienne. Ils eurent lieu dans les salons de la maison Colcombet, à quelques semaines d'intervalle, le 11 et le 20 janvier 1843. Un autre eut lieu en l'honneur du Maréchal Bugeaud le 25 février 1849. Et un autre encore le 18 septembre 1852, pour la venue d'un hôte exceptionnel : Le Prince-Président Louis- Napoléon. A croire que les membres des Cercles stéphanois devenaient virtuoses de polkas et quadrilles. Il s'était enhardi au point de vouloir encanailler le futur empereur :" Venez Prince admirer parmi des coeurs fidèles l'arsenal des amours, nous avons des fusils pour chasser les pandours, nous avons des rubans pour enlacer les belles "  

Un transparent lumineux, affiché sur le Cercle, tenait lieu de support à ce leste quatrain. Mais à peine entrevu, le quatrain disparut : le prince préférait les allusions discrètes.

Le 23 septembre 1858, le 26 août 1862, ce fut son ministre le duc de Persigny que l'on fêta au Cercle.

Au fait, désormais, de quel cercle parler ? Quand l'un apparaissait, l'autre disparaissait, ou bien changeait de nom...jusqu'au 20 décembre 1876 où fut créé le  " Grand Cercle " à l'entresol du Café Glacier ( de nos jours devenu magasin Armand Thierry ).

Mais pour les salons de la maison Colcombet, les Cercles se suivaient et se ressemblaient fort. Ils s'étaient fait peu à peu une spécialité : la réception d'hôtes de marque. Des habits chamarrés aux costumes soyeux, le kaléidoscope allait pirouetter au gré de l'éphémère, sachant trop bien le prix de courtes apparitions, qui s'appelèrent un jour Ferdinand de Lesseps, ou Jules Massenet, certain soir de novembre.

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Jeudi 9 mai 2013 4 09 /05 /Mai /2013 08:17

Num-riser0073-copie-1.jpg Tant de regards usés aux parois de la mine, ou rongés aux fournaises que vomissait l'usine, ne savaient même plus que le ciel existait. Saint-Etienne en avait-il gardé une simple parcelle au-dessus de ses toits ? Le jour, la lumière se fondait  dans d'épaisses fumées qui faisaient de l'azur une chape de plomb. La nuit, l'horizon s'embrasait. Ses vastes rougeoiements incrustaient de tons mauves les flancs du firmament. Et c'était chaque soir des aurores boréales qui donnaient à la ville une étrange  atmosphère. Alors, à quoi servait de regarder le ciel, puisqu'on n'y distinguait que de rares étoiles ?

Il n'apporterait pas beaucoup plus d'évasion que l'horizon borné de cheminées de briques ou de chevalements faits d'épais madriers. C'était le lourd tribut dû par les ouvriers à l'ère industrielle, ajouté à celui du travail et du sang, quand par malheur survenait l'accident.

ET la France prospère sous le second empire se préoccupait davantage d'écouter Offenbach que d'entendre la désespérance de ceux à qui pourtant elle devait sa fortune. Pour eux l'espoir prenait la couleur de l'absinthe, sur quelques tables rondes au fond d'une goguette, pour clamer à tue-tête leurs envies et leurs peines.

 

DES GOGUETTES AU CAVEAU

C'est ainsi qu'à Saint-Etienne il en fleurit beaucoup, de ces cafés chantants, entre 1850 et 1869. Parmi les plus connus  ce furent la Goguette Picon, rue du Palais de Justice, celle que tinrent Frachon, Paulet et puis Coignet, à l'angle de la rue Badouillère. Il y eut aussi, place Marengo, la goguette Granger et celle de Paulet jeune dans la rue Marengo, celle que Duchêne ouvrit sur la place Roannelle, ou encore Lanery, le long de la rue Praire.

Mais il ne faudrait surtout pas oublier la goguette Joly, au bout de la rue Saint-Louis ( actuelle rue Gambetta ) car elle était, de beaucoup, la plus appréciée. Joly en avait fait une vraie salle de concerts. Un piano y trônait, dans un décor coquet. Et chaque chansonnier ménageait ses effets, calculait des silences entre deux crescendo. C'était tellement mieux qu'un chant à cappella. Jusqu'au moment où le commissaire central vit rouge - c'est le cas de le dire - puisqu'on y chantait des chants républicains, et il fit fermer l'accueillante maison.

C'est alors que Jacques Vacher, l'un des plus passionnés parmi ces chansonniers, un volcan fulminant à la plume puissante, eut l'idée de grouper des compagnons dispersés parmi toute ces goguettes en une société qui serait le " Caveau stéphanois ". Cela devait être en 1869, vers la fin de l'Empire.

Le seul mot de " caveau " paraissait prestigieux puisqu'il se référait au " Caveau parisien ", vénérable société à éclipses, qui avait vu le jour en 1734. Il recrutait, pour l'essentiel, parmi de joyeux drilles aussi experts dans l'art d'honorer la bouteille qu'en celui de trousser d'hilarantes chansons. Il leur arrivait même d'être cueillis au petit matin par la maréchaussée, à bout de libations mais pas de répertoire.

Stimulés par l'exemple de si glorieux ancêtres, leurs confrères stéphanois ne se laisseraient pas arrêter par un quelconque obstacle : Vacher lui-même partait de Terrenoire, où le retenait son métier d'ébéniste, pour se rendre au café Louison, dans le Val Furet, en bordure du Bois Noir, siège choisi pour le nouveau cénacle. Mais survint la guerre de 1870, qui dispersa aux quatre vents les vaillants chansonniers.

Un autre alors prit le flambeau. Il s'appelait Jean-François Gonon. Orphelin de bonne heure, lorsque mourut son père, il eut pour l'élever une mère admirable de courage et d'abnégation qui se sacrifiait pour ses trois enfants. Le jeune Jean-François était un garnement passé maître dans l'art de pratiquer la fugue, et dont les vêtements ne tenaient que grâce aux doigts prodigieux de sa mère, qui faisaient des miracles lorsqu'ils tiraient l'aiguille. Mais lorsqu'un autre vaurien de sa connaissance lui offrit un livre volé, " Vie et chansons de Béranger " , ce fut la révélation, complète, irréversible : Jean-François passa son temps à lire des montagnes de textes mis en musique, en tombant sous le charme du Dieu des chansonniers, adoré comme un chantre de la liberté.

 

L'EPOPEE DE LA  " GAITE GAULOISE "

Un jour, il eut seize ans. Sa mère ouvrit la porte de sa pauvre bicoque dans la rue Tarentaize pour accueillir le soir presque dix compagnons, tous amis de son fils comme de la chanson. Et elle était ravie de ces concerts improvisés.

Deux ans plus tard, l'oisillon poursuivait l'expérience hors du nid : à quelques battements d'ailes, puisqu'il retrouva ses amis au café Lyonnet, au bout de la rue de la Ville. En 1878, la nouvelle goguette s'avéra trop petite, ou plutôt trop grand le nombre d'arrivants. Le groupe se transporta ainsi au café Coste, dans la rue de la Loire ( rue Georges Tessier ) , où il s'intitula " la Gaité gauloise ". Ses membres étaient unis, mieux, soudés par des soirées mémorables. Pourtant les aléas de la vie se chargèrent de les séparer. Et " la Gaité " mourut, de perdre ses gaulois. ruecaveau.jpg

Mais, comme le phénix qui renaît de ses cendres, pareille société ne pouvait disparaître. Les rescapés de la " Gaité " n'arrivaient pas à admettre que si belle expérience restât sans lendemain. Il se retrouvèrent pour un nouveau départ, et dans un nouveau lieu : le café Hippolyte de la rue des Pénitents ( de nos jours " Grand café Beaubrun " de la rue Félix Pyat)

Et, en 1883, Jean-François Gonon reprit ce nom magique de " Caveau stéphanois ", auquel avait jadis pensé Jacques Vacher.

Quelques années plus tard, l'historien stéphanois Jean-Baptiste Gallay mesurait la portée de ces sociétés chansonnières :

" Il y a une littérature populaire chantée. Je dis populaire parce qu'elle exprime du peuple sa vie, son état d'esprit, ses aspirations, ses jugements sur les événements et les hommes ".

L'illustre Béranger l'avait dit autrement :

 " Le pauvre peuple a besoin de chansons "

Photo 1 : Serge Granjon qui fut président du Caveau Stéphanois dans les années 1990

Photo2 : Les fondateurs du Caveau Stéphanois au premier rang de gauche à droite: Gonon, Chimène, Boisonnet, Doutre, Royet. Au 2e rang: Navionis, Colombain, Rebeaud, Maissiat et Chalancon.

 

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LE CAFE D'HIPPOLYTE
Jean-François GONON
Le chansonnier Jean-François Gonon (1856 – 1926)
l
Enfants de la gaieté gauloise
Fermes partisans du Caveau,
Accourons fêter de nouveau
La Muse française et patoise;
Puisqu' aujourd'hui comme autrefois
Les plaisirs nous offrent un gîte,
Chantons le café d'Hippolyte,
Chantons le café des gaulois.

II
Si le maître aux principes sages
Est un sympathique vivant,
La maîtresse au minois charmant
Est digne de tous les hommages.
Ah ! puissions-nous par nos exploits
Eterniser - il le mérite-
Le nom du café d' Hippolyte
Le nom du café des gaulois.

III
Tous les clients y sont aimables
Dispos, babillards ,gracieux,
Tous y chantent ,jeunes et vieux,
Les belles y sont adorables.
L'amour et Bacchus à la fois
Viennent, dit-on, rendre visite
Au joyeux café d'Hippolyte,
Au joyeux café des gaulois.

IV
Ah ! j'oubliais, Dieu me pardonne,
La Bonne aux attraits ingénus,
La plus modeste des vertus
Au coeur humain, à l'âme bonne.
Qu'aux accents de ma faible voix
Les Grâces nomment Marguerite,
L'ange du Café d'Hippolyte,
L'ange du café des Gaulois.
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Par serge granjon - Publié dans : le roman de l'Histoire Serge Granjon - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 07:49

" Travailleurs debout, car les manifestations de ce 1er mai

sont le prélude de l'action générale pour la conquête de la journée de huit heures "

 

Placardée dans toutes les villes de France, cette affiche de la CGT avait donné le ton. Dès ses origines en 1890, la Fête du Travail avait fait des 8 heures son principal leitmotiv, au point de mettre tout le reste en sourdine.

En ce début de siècle pourtant, les luttes sociales avaient déjà permis d'obtenir une baisse significative du nombre d'heures de travail : depuis les 16 à 18 heures de labeur quotidien des compagnons du Moyen-Age, jusqu'aux dix heures que devaient à présent les ouvriers des temps mo huit.jpg dernes, le chemin parcouru n'était pas négligeable.Mais peut-on mettre en parallèle deux mondes différents ?

Le travail, en moins d'un siècle, avait vraiment changé de sens : il n'existait plus guère de commune mesure entre l'ouvrage à la main exécuté à l'unité des ouvriers d'antan, et les cadences infernales qu'imposait  désormais une production de masse. Ce n'étaient plus les mêmes heures. Et pour comparer ce qui est comparable, ces 10 heures ne marquaient un progrès que par rapport aux 12 ou 14 heures de l'aube industrielle.

Pour deux raisons surtout, les 8 heures devenaient la nouvelle exigence. Le perfectionnement constant des machines rendait paradoxalement le travail plus pénible : pour rentabiliser au mieux leur investissement, il fallait sans cesse accroître le rendement.

Ainsi, plus que jamais, 8 heures imposaient un schéma idéal, celui d'un triangle parfait, aux trois côtés égaux, faits de 8 heures de travail, 8 heures de loisirs, et 8 heures de sommeil. De la sorte, la volonté d'obtenir les 8 heures, loin d'être une simple surenchère, visait à l'harmonieux morcellement du temps.

 

POUR EN FINIR AVEC LA SOCIETE BOURGEOISE

La revendication, déjà, était ancienne : les premiers à l'avoir formulée étaient les mineurs de Rive-de-Gier,sous la Seconde République. Mais elle tenait alors de l'utopie. Et, pour qu'il en fût un jour autrement, il fallait que naquît la conscience de classe. C'était chose faite à la fin du XIXé siècle, lorsque la division du travail, qui obligeait aux tâches répétitives, avait souvent transformé l'ouvrier en un robot vivant. D'une profession à l'autre, beaucoup de travaux devenaient déqualifiés,  pareille uniformisation tendant à rapprocher les différents métiers, faciliterait la création, en 1895,  de la Confédération Générale des travailleurs, dont la tendance anarcho-syndicaliste se renforça au fil des ans.

Il s'agissait, si l'on peut dire, de l'anarchie domestiquée, accommodée à la façon syndicale : débarrassée de son contenu individualiste, l'idéologie anarchiste s'embrigadait pour devenir plus efficace. Il en restait le rejet absolu du monde  des politiciens et toute une stratégie pour " l'affranchissement du prolétariat ", résumé dans ce journal de la Bourse du Travail de Saint-Etienne, fin 1901 :

" Éclairons ceux de nos frères qui sont encore rebelles à la lumière, préparons les esprits et, le jour où la majorité des travailleurs sera consciente, elle pourra, dans un immense élan, par la grève générale, renverser le pouvoir bourgeois et capitalisme ".

ce programme, la classe ouvrière, du moins sa minorité agissante, s'était décidée à l'appliquer, et, en 1905, elle estima que l'heure était venue de passer à l'action.

Dans le but de sensibiliser l'opinion, la Bourse du Travail avait organisé à Saint-Etienne des réunions préparatoires, quartier par quartier,  pour faire valoir 1er_mai.jpg à la fois la nécessité de la journée de 8 heures et le moyen pour l'obtenir : tous chômer le 1er mai. des banderoles flottaient dans les rues, étalant leurs inscriptions triomphalistes.

 "  Le 1er mai 1906 nous aurons la journée de 8 heures "

Avec une telle campagne les heures à venir promettaient d'être chaudes, même si depuis la tragique fusillade de Fourmies le 1er mai 1891, la Fête du Travail n'avait pas jusqu'alors défrayé la chronique.


UN DEFILE SUR FOND D'EMEUTE

Et ce 1er mai 1905, de bonne heure, la place Marengo était largement occupée par des attroupements, en attendant le moment de la manifestation. C'était un lundi. Les mineurs ne travaillant pas ce jour-là, ils s'étaient déjà, très nombreux, rassemblés sur la place. A 8heure et demi, arriva un nouveau groupe, qui venait d'obtenir la fermeture de l'usine électrique de Montaud. Premier succès qui en présageait d'autres : celle  de l'usine électrique de la rue du treuil vint ensuite. Les teinturiers avaient, d'eux-mêmes, décidé de fermer. Avec l'arrêt de la force motrice, les passementiers, à leur tour, devaient en faire autant.

Ainsi, dès les premières heures de la matinées, le mouvement faisait tâche d'huile. Le cortège avançait, très vite interminable, surmonté de drapeaux rouges, noirs, et même tricolore.

Mais le drapeau noir, celui de l'arnachie, la plupart du temps précéSaint_Etienne_Bourse_travail.jpgdait le cortège. Ce fut à lui que les manifestants laissèrent le privilège d'entrer dans les usines, ou dans les magasins, pour obtenir leur fermeture, tout au long du parcours. Place Dorian...rue Camille Collard...la Grande artère...Les uns après les autres, les rideaux se baissèrent. On applaudit lorsque descendirent ceux des Nouvelles Galeries. Puis ce fut le retour par la rue Désiré Claude pour gagner la Bourse du Travail.

Le Cours Victor Hugo était noir de monde, la des conférences envahie par trois ou quatre mille personnes. Un  orateur dressa un rapide bilan de la situation :

 " Ce matin on a fait fermer quelques usines, c'est insuffisant. Il faut que tous les travailleurs, conscients ou inconscients, chôment ce soir ".

Trois opérations d'envergure furent dès lors envisagées : la fermeture de l'usine métallurgique Barrouin au marais, celle de la Manufacture d'armes et l'arrêt total du tramway.

Mais seule put réussir la fermeture de la Manufacture, revêtant, pour les grévistes, la valeur d'un symbole : cette usine fabriquait des armes  de guerre, ce que ne pouvait supporter le courant anarcho-syndicaliste, farouchement antimilitariste. Des 13 heures, la plupart des manifestants s'étaient regroupés sur la place Carnot. Puis, en un immense convoi, emmené au son des tambours et des clairons ( on n'aimait pas l'armée mais on goûtait son faste ), et guidé par le drapeau noir, porté cette fois par une femme, ce fut le départ pour la Manufacture. Des gendarmes à cheval en interdisaient l'accès. Rendues inévitables par la tension ambiante, des échauffourées se drapeau.jpg produisirent, lorsque des ouvriers arrivèrent au travail, en narguant les grévistes, qui à leur tour les conspuaient. Le colonel-directeur de la manufacture prit alors une décision qui fit tomber la fièvre : celle de fermer l'usine, moyennant la récupération des heures perdues le samedi suivant.

La première fête du Travail résolument combative ne se terminait pas sur l'éclatant succès souhaité par ses organisateurs.

Le dimanche 7 mai, le journal stéphanois " le socialiste " martelait ces mots :

"Tout travailleur cessera le travail le premier mai 1906 et ne le reprendra que pour faire huit heures de travail avec le même salaire ".

Mais la formule paraissait d'ors et déjà plus incantatoire que prophétique. Demi-succès, demi-échec, la générale de 1905 oeuvrait pour le long terme : Le grand soir annoncé n'était pas pour sitôt, et la journée de 8 heures ne serait obtenue qu'en... 1919.



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Jeudi 25 avril 2013 4 25 /04 /Avr /2013 07:47

valentin-smith.jpg Au mois d'octobre 1831, avec un opuscule intitulé " De l'importance de l'arrondissement de saint-Etienne considéré sous le rapport de l'administration judiciaire ", Maître Joannès Smith jetait un énorme pavé dans la mare. Le pavé, c'était sa détermination de faire installer la cour d'Assises à Saint-Etienne, et la mare, dans laquelle devait se propager l'onde de choc, n'était pas à proprement parler le département de la Loire, mais bien plutôt la seule grande ville de Montbrison, à qui la cour d'assises avait été octroyée.

Maître Smith était une fine lame, qui n'hésitait pas à croiser le fer avec la triomphante rivale de Saint-Etienne. Ce Stéphanois était devenu un défenseur convaincu de la ville où il s'était, en 1820, installé comme avocat. Né à Trévoux en 1796, il venait d'être nommé, le 22 novembre 1830, procureur du roi auprès du tribunal civil.  Et il  entendait bien assurer le succès d'une cause qui n'était, selon lui, qu'une justice à rendre. Quant au discours, que le jour de son installation, il avait prononcé, il ne laissait aucun doute sur ses intentions : "  appelé à remplir les fonctions de ministère public près ce tribunal, je n'ai pas besoin de vous dire combien je suis pénétré de l'importance et de la gravité de ces fonctions dans cet arrondissement,  l'un des plus populeux de la France ". Et c'est bien pour cela qu'il ne pouvait admettre une injustice, flagrante à ses yeux.

 

UN FERVENT PLAIDOYER

S'il avait été stipulé, à l'origine des cours d'assises, qu'elles se tiendraient dans les chefs-lieux de chaque département, cette disposition avait été annulée par la loi du 20 avril 1881, qui prévoyait, lorsqu'un département comptait deux villes importantes, que celle qui n'avait pu obtenir le chef-lieu administratif, serait dédommagée en se voyant attribuer le chef-lieu judiciaire. Et Maître Smith multipliait les exemples, en citant pas moins de douze villes qui possédaient des assises sans être des chefs-lieux, dont Chalons-sur-Saône et Riom, pour ne nommer que les plus proches.

L'avocat étayait son fervent plaidoyer par des chiffres significatifs. Alors que Montbrison ne dénombrait que 5156 habitants, il s'en trouvait 37031 à Saint-Etienne, située seulement, exemple unique en France, à quelques lieues de deux villes non négligeables : Saint-Chamond qui comptait 7475 habitant et Rive-de-Gier, en totalisant, pour sa part, 9706. Cela rendait d'autant plus inadmissible l'absence de préfecture, de recette générale, et, ce qui indignait un homme du métier, de cour d'assises à Saint-Etienne.

Mais la population n'était pas la seule en cause. Elle entraînait dans son sillage un puissant corollaire : l'activité économique. Saint-Etienne était aussi au centre des intérêts de tout le département, par son intense activité industrielle et commerciale. Et le fait que cette ville répande ses richesses dans le monde entier faisait bénéficier le département de la Loire d'heureuses retombées, et l'élevait au-dessus de ceux qui l'entouraient, le Rhône excepté. Quelques indicateurs suffisaient à le prouver : le montant des contributions indirectes, de la consommation, et le trafic commercial enregistré par les postes.

Partant de là, il était inutile de faire valoir à Maître Smith un perfide prétexte, au risque de la voir trépigner de colère : il le rejetait d'avance, cet argument selon lequel tout revenait à Montbrison parce que c'était le centre du département. D'ailleurs, il lui contestait même cette position : géométriquement Fleurs était beaucoup plus au milieu du département, ce qui ne l'avait pas empêchée de se voir retiré son titre éphémère de chef-lieu, en 1795, au bénéfice de Montbrison, qui l'avait réclamé à cor et à cri, en vertu du principe que sa population était plus importante.

Carte à l'appui, Maître Smith prouvait que, dans bien des cas, cette raison l'emportait sur toute autre considération. Il mentionnait la Marne, dont les assises étaient à Reims, aux confins du département. Et il émaillait sa démonstration de formules percutantes : " Ce n'est pas le compas à la main que le législateur fixe les chefs-lieux de l'administration. Des considérations plus puissantes déterminent son choix. " Il évoquait, en renfort, l'avis d'une célébrité, pour que tous ses propos aient encore plus de poids : " Mirabeau établissait comme condition d'une bonne organisation administrative, que le chef-lieu de chaque département fût placé dans une ville principale, et que l'on pût s'y rendre facilement de toutes les parties du territoire. "

L'importance de sa population n'admettant pas le moindre doute, restait à démontrer que Saint-Etienne était désormais aisément accessible. Outre les routes royales la traversant déjà, trois chemins de fer y opérant leur jonction, la récente route de Roanne au Rhône par Saint-Etienne rapprochait considérablement ces deux villes. 

 

MENAGER LES DENIERS DES POUVOIRS PUBLICS 

Au cas où tant de preuves ne parviendraient pas à persuader l'Etat du bien-fondé de sa réclamation, le fougueux avocat, loin d'être désarçonné, conservait pour la fin ses meilleures cartouches. Celles qui ne manquent pas leur cible, en ne pouvant laisser insensibles les pouvoirs publics, lorsqu'on les invite à ne pas trop desserrer les lacets  du gousset : " dans un moment où une voix générale s'élevait pour appeler des économies de toutes parts ", Maître Smith en proposait quelques-unes. Il s'agissait, entre autres, des indemnités versées aux témoins et aux jurés L'arrondissement montbrison.jpg stéphanois étant nettement plus populeux  que ceux de Montbrison et de Roanne avec une population infiniment plus regroupée, il était normal qu'il s'y commît beaucoup plus de crimes. Par conséquent, le nombre des témoins à entendre y était vraiment plus important. ET comme chaque témoin était rétribué en fonction de la distance qu'il avait à parcourir, le transfert des assises à Saint-Etienne permettrait la réalisation de substantielles économies.

Et là encore, chiffres à l'appui, Maître Smith prouvait la justesse de ses affirmations. Alors que la dernière session avait permis d'entendre 37 témoins de l'arrondissement de Roanne et 42 pour celui de Montbrison, 68 témoins avaient été convoqués à Saint-Etienne. Les mêmes observations s'appliquaient aux jurés. Ils n'avaient droit à une indemnité, au terme d'un décret du 18 juin 1810, que lorsqu'ils devaient se déplacer de plus de deux km pour se rendre au tribunal. Si la cour d'assises avait été à Saint-Etienne, on n'aurait pas eu à payer les 349 jurés du premier arrondissement électoral, formé des cantons est et ouest de la ville. Il aurait été considérablement plus avantageux  d'avoir à rétribuer rien  que 32 jurés, ceux se trouvant uniquement domiciliés dans le canton  de Montbrison.

Mais la belle argumentation devait rester lettre morte. Si, par décret impérial du 25 juillet 1855, la préfecture était déplacée, il faudrait attendre encore beaucoup de temps pour le transfert de la cour d'assises. Pourtant on ne pouvait guère reprocher à Maître Smith que d'avoir eu raison ...125 ans trop tôt.

Photo2 cour d'assises de Montbrison


BARRES DE SEPARATION

Par elsapopin - Publié dans : le roman de l'Histoire Serge Granjon - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Jeudi 18 avril 2013 4 18 /04 /Avr /2013 07:24

Le régicide au coeur tendre


Alors que le député Marcellin Béraud qui, aux heures tragiques de la révolution, n'avait pas voté la mort du roi, son collègue, député stéphanois à la convention, Noël Pointe, dit Cadet, avait lui, eu ces mots terribles au cours du procès de Louis XVI :

" Un républicain ne peut souffrir ni rois ni images de la royauté. Je vote pour la mort ; je la demande dans les vingt-quatre heures."

Qui était cet homme, qu'Isidore Hedde, un des premiers historiens de la ville, opposait à Béraud ? " Au nombre des élus se trouvait Marcellin Béraud, homme instruit, d'un caractère doux et humain,et Noël Pointe, ouvrier armurier, plein d'esprit naturel, mais partisan déclaré des mesures violentes.Proces_de_Louis_XVI.jpg

Noël Pointe était né à Saint-Etienne le 12 juillet 1755, dans le quartier de Notre-Dame, où il fut baptisé. Ce fils d'ouvrier exerça lui-même, avec beaucoup de savoir-faire, un métier qu'il aimait, lorsque virevoltaient les étincelles dans l'antre fauve de sa forge : activer le soufflet ou marteler l'acier, apprivoiser la masse du métal rougi pour lui faire prendre forme, jusqu'à ce qu'il en sortît le canon d'un fusil.

 

DES ECLAIRS D ELOQUENCE

Puis vinrent les jours fiévreux, l'aube de temps nouveaux où des termes farouches brillaient de mille feux : " Citoyens...la patrie...la liberté..."  Et, comme s'il eût été inspiré par Vulcain, le dieu des forgerons - finit-il par le croire, après avoir appris le panthéon romain ? - il fit un amalgame entre ces mots sonores et les récits antiques, qu'on connaissait alors dans toutes les écoles. Pourtant il n'est pas sûr du tout qu'il s'y rendît un jour, d'une manière ou d'une autre. Rien ne confirme, en fait, qu'un curé lui eût, à un moment donné, enseigné des rudiments. Et quant à fréquenter les classes d'un collège, il n'y fallait pas songer : la ville, en ce temps-là, n'en possédait aucun, et l'on devait se rendre à Lyon, à Tournon, donc être fils de bourgeois pour suivre des études. Force est de supposer qu'il apprit par lui-même, et surtout de mémoire, ce qu'il pouvait entendre et que, prédisposé à l'art de bien parler, il biseautait ses phrases en forgeant des épées. Son ennemi juré, l'abbé Sauzea, un ancien bénédictin qui l'avait rencontré, lui reconnut ce talent : " Homme crapuleux et méprisable, il avait des éclairs de grande  éloquence ".

 Qu'est-ce qui a bien pu le rendre aussi crapuleux et méprisable  à ses yeux ? Sans doute son anticléricalisme forcené. d'autant plus que Noël Pointe ne se contentait pas de parler. Il écrivait aussi, et en vers, contre le clergé. " Jusqu'alors, dit-il, on ne pouvait sans votre échelle monter à la vie éternelle " . Et il s'en prenait en même temps aux fidèles, " assez bornés pour vous croire, craignant l'Enfer, le Purgatoire ". En ce domaine comme en d'autres, Noël Pointe avait bien assimilé le catéchisme révolutionnaire : l'anticléricalisme est de toutes les époques, mais celui-ci venait tout droit de Voltaire, l'un des théoriciens de la révolution, qui reprochait à l'Eglise de maintenir le peuple dans l'obscurantisme des temps moyenâgeux. Et Pointe s'en prenait aussi à la noblesse, qu'il allait voir, toujours en vers, avec des yeux sans culotte : " êtres vains et présomptueux, qui croyez par votre naissance, être dignes du sang des dieux ".

Ce langage plaisait au peuple. Dès 1789, il avait pris du grade, au sein de l'administration municipale.

 

DES CLUBS TRUFFES DE JACOBINS

jacobins.jpgMais ce qui, avant tout, le fit choisir comme député, ce fut son rôle au sein des sociétés populaires. Il s'agissait de filiales des clubs qui, à Paris, avaient chaque jour un succès grandissant et, parmi eux, le club des Jacobins jouait le plus grand rôle : installé dans un couvent des Dominicains ( le mot " Jacobins " en étant l'ancienne appellation ), il permettait aux députés de l'Assemblée Constituante de se retrouver. Ces clubs servaient, pour ainsi dire, de banc d'essai à leurs discours, testant auprès du public qui s'y pressait l'accueil qui serait fait à tel ou tel projet. Et l'on y répétait , en quelque sorte, les scènes des grands moments, on y discutait ferme et les échanges allaient bon train. Et ce chaudron d'idées préparerait le cours des choses, la marche inexorable aux luttes sans merci avec, en arrière-plan, l'ombre de l'échafaud. En attendant, le succès de ces clubs allait hors de Paris, s'installait en province. Le seul club des Jacobins comptait, dès septembre 1791, 1000 sociétés provinciales qui lui étaient affiliées.

Ainsi s'était créées à Saint-Etienne comme en bien d'autres lieux, les sociétés populaires. Et la ville ne comptait pas moins de quatre clubs, dont Noël Pointe avait été l'un des fondateurs, quatre clubs en miniature, truffés de jacobins aux idées avancées à qui plaisaient beaucoup les discours enflammés. Noël Pointe, qui savait parler tout haut, de plus était des leurs. Qu'un artisan comme eux voulût avec passion la Liberté et la Justice, en condamnant sans cesse les nobles et le clergé, avec par-ci par-là des mots savants qui montraient bien sa science, c'était plus qu'il n'en fallait pour les convaincre  : il était sans conteste le plus expert pour être un porte-parole, pour monter à Paris faire savoir aux bourgeois siégeant à l'Assemblée, que les gens des métiers aussi, à Saint-Etienne, avaient leur mot à dire.

L'éloquence de Pointe était de celles qui parlent aux foules ayant le ventre creux : et d'un club à l'autre, il n'avait pas à varier ses discours. De la société de la rue des Fossés à celle de la rue de Lyon, de celle de Polignais à l'autre de Chavanelle, dirigée par un vicaire défroqué de la Ricamarie, il obtenait toujours un accueil enthousiaste : il lui suffisait d'évoquer le prix du pain, de s'en prendre, furieux, aux riches profiteurs coupables d'affamer le peuple laborieux pour s'assurer, dès lors, d'un succés délirant.

Voilà ce qui, surtout, lui valut l'élection à la Convention Nationale, en septembre 1792. Il fut élu avec une avance respectable sur son homologue Marcellin Béraud, puisqu'il obtint 564 voix, alors que ce dernier n'en reçut que 444. Ainsi, toute populaire qu'elle fût, à une époque où le suffrage universel était loin d'être entré dans les moeurs, sa légitimité ne pouvait être mise en cause.

Comment l'employa-t-il, lui qui tenait à rentrer " sans tache " chez les siens ? Ils l'avaient désigné en tant que représentant à l' Assemblée de la tendance jacobine et, fidèle à ses idées quoi que l'on ait pu ensuite lui reprocher, il ne les trahit pas  et il tint ses promesses.

 

UN TRIBUN DU PEUPLE

 Fin novembre 1792, la Convention  faisait imprimer un factum intitulé : " opinion de Noël Pointe, ouvrier armurier de Saint-Etienne, sur le jugement  du ci-devant roi des Français ". Et l'abondance même des excès de langage suffit à prouver que, loin d'avoir faibli, les convictions de Noël Pointe s'étaient renforcées au contact des extrémistes de la capitale. Il y avait rencontré le peuple des sections, qui devait apprécier ses paroles violentes : " Louis XVI est un oppresseur, un meurtrier, le Néron de la France, un parricide dont la cruauté n'eut jamais d'exemple, un monstre qui est l'auteur de la mort de plus de citoyens qu'il n'a de gouttes de sang dans ses veines pestiférées. "

Après la mort du roi, le zèle républicain de Noël Pointe lui valut d'être envoyé en province comme représentant en mission. Il commença par la Nièvre et l'Allier. Là où dans cette fonction, dotée des pleins pouvoirs, tant d'autres se distinguèrent par leur férocité, Noël Pointe libérait les suspects par dizaines, ce qui équivalait à leur sauver la vie.

De retour à Paris,il eut l'occasion, après la chute de Robespierre, dont il avait été un moment partisan, de prendre la parole à l'Assemblée. Ce fut d'ailleurs l'unique fois où il le fit. Le 27 décembre 1794, il grimpa à la tribune pour réclamer le retour de la loi du maximum, qui prévoyait un prix plafond pour les produits de première nécessité. Il ass.jpg s'obstinait à défendre les malheureux : "  Les riches marchands insultent à la misère du peuple et menacent bientôt de vendre au poids des assignats la nourriture du pauvre ".  Et sa conclusion se voulait prophétique : " Je vois avec effroi la contre-révolution empoisonner de son souffle liberticide l'horizon politique. "

Ces paroles dangereuses risquaient de lui coûter la tête. Il ne s'en sortit que grâce à l'intervention du député Legendre, qui l'estimait. Celui-ci après avoir contribué à la chute de Robespierre, jouissait alors d'un ascendant considérable à l'Assemblée, à laquelle il déclara que ce discours, des scélérats l'avaient  " soufflé à un coeur pur ".

Et c'est peut-être ce qu'il reste  du député Noël Pointe : l'image d'un être pur, dont les outrances verbales cachaient mal un coeur tendre.

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Par elsapopin - Publié dans : le roman de l'Histoire Serge Granjon - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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